A toi qui voulais être traduite

 

Là où chantent des aurores

Dans les poches surfilées des managers,

Où toute lumière est signe promis,

Et tout amour déchu fausse illusion,

Sur les boulevards sans odeur ni silence,

Parmi les corps de plastique sans peine,

Dans les insomnies fluorescentes,

Sur la petite patte brisée de la colombe solitude,

Là chante aussi la neige de l’âme,

Un cristal toujours brisé face à la vérité,

Une fiction de neige.

 

Les restes, toujours les restes,

Leur déchiffrage silencieux,

Leur vérité minimale,

La splendeur qui écrit

Un cœur d’alors.

Mains, signes, autre vérité,

Vieille, nouvelle vérité,

Jamais la vérité, jamais,

Rien, rien, rien,

Ne resplendit.

 

II

 

Et ainsi l’aube. La fièvre balayée,

La folie secrète, la candeur,

Les creux déplacés de la neige.

Ame. Lèvres que l’âme annonce,

Signes qui sont ceux de l’amour, main

Qui vit soulevée par un savoir où l’être

Du sentiment, oui, du sentiment,

sentiment du temps, révélation,

Cela pas plus, temps livré,

Transfert de figures dans la neige.

 

 

III

 

Temps. Temps. Et tu t’en iras,

Emportant quelque chose de moi. Ce silence

Pas encore brisé. Le reste de la passion

Qui vous enveloppe sans arrêt, par la distance,

Par le secret de chaque expression muette,

Par chaque geste qui ne se perd pas dans la neige.

Le cristal incite seulement, le feu humain,

Qui communique en planant, comme un rapace

Qui attendra dans le ciel pour tout raser,

Mais son œil ne peut rien face à l’asphalte du silence.

La patience est son but. Elle file l’ombre

De cette attente qui brillera plus tard comme un dieu,

Là où les managers pleurent leurs décadence létale,

Où la couleur du whisky est la fleur du désir,

Où l’air est absence et l’absence vérité,

Où le geste s’achève entre spasme et réalité,

Où meurt la mort par manque de hasard,

Là où les corps vivent sans corps,

Où la bêtise vitale dissout l’âme.

Oui, là, où brillent ton amour

Et mon silence, perdus

Dans le labyrinthe voyant de la solitude,

Enfouis parmi des signes

De cristal et de passion,

Présence transparente,

Comme si nous étions entrés ensemble

Dans l’écriture, oui : lost in translation.

 

 

Je ne pourrai pas me plaindre

 

Je ne pourrai pas me plaindre

Si je n’ai pas rencontré ce que je cherchais

 

Lorca, Poète à New York

 

Je sais que la vie est absence

De quelque chose qui dit toujours

Sa vérité erronée. Personne

N’écrit les lignes de ta main,

Personne ne les connaît alors et c’est le hasard

Qui s’amuse de tes chutes et dans tes rêves.

Ton amour en dira peu. Peut-être le signe bref

D’un réveil aveugle, à l’aurore, au silence.

Sans doute les tambours de l’aube sont-ils clairs,

Et l’histoire de son oubli répétée,

Absence, absence, dans les puits de l’âme

Et dans le carillonnement bref du soleil et du sentiment.

 

L’air c’est ce que tu dois voir, ce que d’autres ont déjà vu,

Air, air, racines dans la moelle de l’air,

Air qui embarque vers le ciel le cœur fatigué,

Air qui oublie, clair,  des enfants mis en pièces,

Air qui devient fou devant l’amitié enfuie,

Air qui exécute homme funeste et parole,

Air qui renverse l’absence sur des cris perdus,

Air qui revient toujours et te corrompt.

 

Jamais tu ne trébucheras sur l’éternité, la dure éternité fixe,

C’est la molle réalité qui chaque jour vient vivre avec toi avec sa pauvre vérité,

La fiction de ses rues où passent des ombres d’air

Vêtues de cravates d’acier et de chaussures d’argile,

Celle-là qui ne correspond à aucune illusion et se répète

Endurcie dans des catalogues et dans la terreur

D’elle tu es absent. L’âme vide,

Tu répètes sans arrêt l’oubli inclément de ton rêve et tu ne ressens même pas

Un battement rare de cœur qui te rappelle que tu as détenu une vérité.

Même si elle était erronée. Et tu ne t’en souviens même pas. Puer absence.

Au moins tu le sais bien.

Moi je ne pourrai pas me plaindre, je le sais,

Et maintenant, je comprends.
Amour ? Amour visible ?

 

 

José Luis Palazon

 

Traduction : Max Alhau